See also Concerts’ Video recordings
(Tous les commentaires sur les œuvres présentées sont de Richard DELRIEU. (R. D.) / All the commentaries are by Richard DELRIEU (R. D.) )
SONATE en sol mineur
C’est l’œuvre pour piano, et aussi pour violoncelle et piano — il existe 2 versions — la plus importante de Lucien Delrieu.
Terminée en février 1947, elle est le fruit d’une élaboration de plusieurs années (en partie durant la Seconde Guerre Mondiale) et de la rencontre de diverses influences musicales, dans le temps et dans l’espace : Liszt, Franck, Beethoven, Schubert, les Russes et aussi le Baroque. Cette réunion est assez originale chez un compositeur français du XXe siècle.
A l’instar de la Sonate en si mineur de Liszt, qui est sans doute son principal cadre de référence, elle est un drame en musique. On peut considérer que Lucien a transposé dans l’univers sonore sa propre histoire, ses luttes et ses déchirements, véritable Chemin de Croix résultant des douloureux évènements familiaux dont il a souffert durant de longues années, et qui l’ont conduit à une grave dépression nerveuse dont il finira par triompher. Romantique mais par bien des côtés moderne, cette œuvre est l’aboutissement et la matérialisation symbolique de sa résurrection intérieure et de sa reconquête de lui-même. Ceci explique le caractère à la fois tourmenté des thèmes et l’impression d’un “effort stoïque” qui se dégage de la composition de cette Sonate, comme un témoignage de l’immense effort de volonté dont le compositeur à fait preuve pour survivre à la maladie, à la misère, à une terrible solitude et à la guerre environnante. Aussi l’expression parfois très sombre de la souffrance reste, comme chez Beethoven, toujours saine, jamais morbide.
Si l’écriture peut sembler parfois un peu rigide, la construction est toutefois plus psychologique que formelle. Les idées musicales sont faciles à décrypter pour l’auditeur : l’auteur veut communiquer. L’harmonie y est très expressive et ne manque ni de modernité, ni d’originalité.
Bien qu’elle conserve un moule classique en trois mouvements et un cadre tonal, l’œuvre a un caractère cyclique dû à l’omniprésence d’un thème principal bâti sur une gamme tzigane, à la tonalité par conséquent ambiguë, et sujet à de nombreuses variations et utilisations. Ce thème, que nous pourrions appeler le thème de la fatalité, parcourt l’œuvre entière et assure son unité. Il fonctionne comme une idée fixe — il rappelle en cela la Symphonie fantastique de Berlioz — , et finit par absorber les autres thèmes. Statique, implacable, glacial et sinistre, comme la statue du Commandeur dans Don Giovanni, il est le maître tragique de la Sonate. Les autres thèmes y sont liés ou en découlent. Le travail thématique est très poussé et laisse penser que cette sonate est le résultat d’un travail de plusieurs années. Certains éléments thématiques, déjà apparus dans des œuvres antérieures, peuvent en témoigner.
TECHNIQUE PIANISTIQUE COMPLETE (particulièrement dans la version pour piano seul) : accords, extensions, octaves, jeu polyphonique, puissance, transitions brutales, déplacements rapides sur tout le clavier, grands sauts, arpèges fusants, etc.
Richard DELRIEU
——————-
Présentation détaillée de l’œuvre et extraits vidéos :
Richard DELRIEU – Présentation de la Sonate de Lucien
DELRIEU
SONATE en sol mineur, 1er Mouvement Grave – Allegro agitato
Richard DELRIEU, piano
Lucien DELRIEU – Sonate en sol mineur, 1er Mouvement (extrait nº1) : Grave – Allegro agitato
リュシアン・デルリュー、 ソナタ ト短調 第一楽章(抜粋1) : グラ−ヴェ・アレグロ アジタート
Le premier mouvement de la Sonate débute par une introduction lente (extrait nº1, Grave, annonçant, par un thème cyclique interrogateur bâti sur une gamme tzigane et ponctué de silences, le caractère tragique et tourmenté de l’œuvre. Ce thème, que nous pourrions appeler le thème de la Fatalité, parcourt l’œuvre entière et assure son unité. Il fonctionne comme une idée fixe — il rappelle en cela la Symphonie fantastique de Berlioz — et finit par absorber les autres thèmes. Statique, implacable, glacial et sinistre, comme la statue du Commandeur dans Don Giovanni, il est le maître tragique de la Sonate.
Le Grave est suivi d’un Allegro agitato. Le premier thème de celui-ci est très caractéristique de l’écriture pour violoncelle, instrument auquel est destinée, avec le piano, la première version de cette sonate. Haletant et tourmenté, aux rapides successions de modulations, il fait penser à Schubert. Le deuxième thème, calme et tendre, au ton relatif majeur (si bémol) apaisement après la tempête, semble évoquer avec nostalgie la jeunesse heureuse du musicien et s’épanche peu à peu avec un lyrisme généreux qui évoque ici Schumann. Le thème implacable du Grave au Piu mosso ne tarde pas à l’interrompre avec brutalité (Sonate I, extrait nº2).
リュシアン・デルリュー、 ソナタ ト短調 第一楽章 : グラ−ヴェ・アレグロ アジタート (抜粋2)
L’harmonisation et l’écriture pianistique rappellent ici les Russes. Suit dans le registre grave un Inquieto à l’atmosphère wagnérienne, pianissimo et très modulant, où luttent dans les ténèbres le premier thème de l’Allegro et le thème du Grave jusqu’à un élargissement vers l’aigu, remontée vers la lumière. Le deuxième thème de l’Allegro amène alors, mais pour quelques mesures seulement, une éclaircie apaisante. Puis vient une grande progression en crescendo de sept mesures, où la tête (ré-mib–do#-ré) du premier thème de l’Allegro, est entrecoupée verticalement par de grands accords âpres — présentant le rythme adopté à la basse, depuis le début de l’Inquieto, par le thème du Grave (la Fatalité) — coups de hachoir auxquels elle semble, au sein de cette lutte-poursuite, tenter d’échapper. Cette tête de thème se répond à elle-même dans divers registres, donnant une impression de dédoublement, d’ubiquité. Dans une grande accumulation d’énergie, elle s’élève dans l’aigu jusqu’à un sommet de tension et de registre d’où elle est précipitée, dans une chute vertigineuse de plus de trois octaves, sur la gamme tzigane du Grave, et enfin achevée au bas du précipice par trois implacables accords.
Mais tel le Phénix renaissant de ses cendres, le thème réapparaît aussitôt dans son intégralité au ton principal dans la réexposition qui suit.
リュシアン・デルリュー、 ソナタ ト短調 第一楽章 : グラ−ヴェ・アレグロ アジタート (抜粋3)
On entend dans ce troisième extrait le second thème de l’Allegro agitato réexposé en sol majeur. Il est suivi de la réexposition textuelle du Grave, qui est lui-même suivi d’une courte strette Presto agitato utilisant, comme précédemment, la tête du premier thème de l’Allegro agitato et les coupures verticales en accords, selon le même principe de course-poursuite vers les sommets, qui se termine par une nouvelle chute vertigineuse Precipitato sur la fatale gamme tzigane, suivie de tranchants et impitoyables accords qui concluent, sans appel, le mouvement.
(R. D.)
—————-
Richard DELRIEU – Présentation de deux mélodies de Lucien DELRIEU
ELEGIE
Cette poignante mélodie a été composée en décembre 1940, période sombre de l’Histoire de France s’il en est. Elle reflète l’atmosphère lourde et angoissée de cet hiver de défaite, rejoignant le désespoir du compositeur qui traverse sa propre nuit personnelle. La simplicité et le dépouillement sont les maître-mots de cette pièce qui a comme un parfum de folklore russe, avec un sentiment de modalité. On observe un parallélisme du chant et de la main gauche du piano. Le passage central, piu vivo, confié au piano seul, évoque plutôt Chopin, avec un changement de rythme de l’accompagnement. Il semble être l’évocation d’un bonheur passé. Le retour du tempo primo confirme, par les accents désespérés du chant et les accords tendus à contre temps du piano à la main droite, le caractère funèbre de l’élégie.

Laisser un commentaire
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.